

En Inde, la ville de New Delhi face au problème des chiens errants
2026-1-17
La capitale indienne – qui compte plus de 33 millions d’habitants – est aussi le refuge de plus d’un million de chiens. Un véritable problème de santé publique alors qu’un tiers des cas de rage dans le monde sont recensés dans le pays le plus peuplé de la planète. En novembre, la Cour suprême a ordonné le retrait des chiens des lieux sensibles et leur placement dans des chenils. Une décision qui a lancé un vaste débat dans le pays. De notre envoyé spécial à New Delhi, Présence incontournable des rues de la capitale de l'Inde, compagnon du quotidien pour beaucoup. Une vingtaine de chiens dans des cages serrées attendent, anxieux, de passer sur la table d'opération d'un centre public de vaccination et de stérilisation, situé dans le quartier de Ghazipur. « Ce centre est l'un des meilleurs de Delhi. Nous offrons une méthode appropriée pour traiter et soigner ces animaux », affirme un vétérinaire. Le docteur nous emmène vers son modeste bloc opératoire. Après avoir endormi le chien, il le place sur un papier journal avant de lui retirer ses testicules ou ses ovaires. Un geste qu'il répète une vingtaine de fois par jour. Une goutte d'eau, alors qu'un million de chiens se trouvent dans les rues de la capitale. « Nous avons besoin de faire plus d'opérations. Pour cela, il nous faut plus de place et plus d'infrastructures », estime-t-il. « Le scénario le plus commun, c'est qu'on prend un chien non vacciné, non stérilisé. On l'opère, on le vaccine et, après trois jours de soins postopératoires, on le relâche à l'endroit où on l'a trouvé », raconte Anjana, qui travaille pour le centre de vaccination. Avec seulement 20 centres pour un million de chiens, il est impossible d'appliquer la décision de la Cour suprême qui prévoit leur retrait des rues une fois vaccinés et stérilisés. Une décision dangereuse pour les militants de la cause animale. L'ONG Save the Stray Dog (« sauve un chien errant », en français) nourrit chaque jour des centaines de chiens et en garde certains quelques semaines, quelques mois s'ils ont besoin d'assistance médicale. « Si vous ramassez tous les chiens et que vous les mettez dans un chenil pour qu'ils meurent, c'est inhumain et aussi irréalisable. Nous n'avons pas assez de place pour mettre autant de chiens dans des endroits confinés. Ainsi, ils vont mourir automatiquement à cause du manque de soutien, d'éducation, d'infrastructures et de médicaments. Qui va s'en occuper ? Qui sera responsable ? », interroge le fondateur de l'ONG. C'est aussi un débat sur l'agressivité de certains chiens, trop agressifs pour pouvoir retourner dans les rues. « Je comprends tout à fait. Cette peur sera toujours là et elle continuera d'exister. Si un chien est agressif, placez-le dans un chenil avec un vétérinaire expérimenté s'il a besoin d'un dressage spécifique », estime-t-il. Après une large campagne de mobilisation citoyenne, la Cour suprême doit de nouveau rendre une décision sur le sujet en janvier. À lire aussiÀ New Delhi, la grève des livreurs bridée par les faibles gains sociaux de leur mouvement

Présidentielle au Portugal: les affiches du parti d’extrême droite Chega divisent l’opinion
2026-1-16
Les Portugais sont appelés aux urnes ce dimanche 18 janvier 2026 pour élire leur président. Pour la première fois depuis plus de 50 ans et l'arrivée de la démocratie, un candidat d'extrême droite est en bonne position. André Ventura, leader du Chega, a pourtant été au cœur d'un énorme scandale lors de la précampagne en fin d'année dernière. De notre correspondante à Lisbonne, Aux ronds-points des villes portugaises, les grands panneaux politiques ne passent pas inaperçus au moment des élections. À la fin de 2025, ce sont les affiches d’André Ventura, candidat du parti d’extrême droite Chega, qui ont provoqué un énorme scandale. On y lisait des slogans visant les minorités du Portugal, tels que « Ici, ce n’est pas le Bangladesh » ou encore « Les Tziganes doivent respecter la loi ». Des formules jugées inacceptables par Nuno, rencontré au Rato : « C’est offensant. Le Portugal n’est pas un pays raciste et ne l’a jamais été. Ce candidat fait émerger ce qu’il y a de pire dans la société. Nous sommes un pays d’émigrés ; on ne peut pas s’opposer aux immigrés. » Face à l’impact violent des provocations d’André Ventura, de nombreux citoyens ont spontanément écrit aux autorités pour protester. Comme. Ana Luisa Rodrigues : « Il est essentiel que nous fassions entendre notre voix en tant que citoyens pour dire que ce discours ne mène nulle part, qu’il nourrit la haine et porte atteinte au bien-être de la société. Chacun a désormais pleinement conscience de l’impact de ce discours de haine permanent. » Slogans racistes Les 465 plaintes citoyennes ont été adressées à la Commission nationale des élections. Mais c’est au tribunal que tout s’est joué. La plateforme des droits des Tziganes, partie civile, a gagné le procès contre Chega. Paulo Domingos, dirigeant de la plateforme : « Le tribunal a été très clair : il a estimé que les affiches comportant les slogans en question dépassaient le cadre de la critique politique pour entrer dans celui du racisme. Cette décision a eu un impact symbolique, social et politique considérable. » André Ventura a dû retirer sa propagande. Cependant, sa stratégie a fonctionné. Rodrigo Viana de Freitas, directeur de l’agence de communication Central Information : « La stratégie consiste à instaurer une tension maîtrisée en s’appuyant sur un discours de victimisation, du type : " On nous oblige à retirer les affiches pour nous réduire au silence. Nous ne nous laisserons pas faire". En réalité, une partie de l’électorat de Chega aspire précisément à la rupture ». André Ventura a réussi à se positionner dans le peloton des cinq candidats susceptibles de se placer pour un second tour. La fracture semble se préciser, il n’y a jamais eu autant d’indécision au Portugal. À lire aussiPortugal: la droite au pouvoir remporte les élections municipales et les villes de Lisbonne et Porto

Des États-Uniens réfugiés à Barcelone, en Espagne, témoignent
2026-1-16
Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump pour son deuxième mandat l’année dernière, des plus en plus d’américains s’installent en Espagne disant fuir l’ambiance MAGA. À Barcelone, ils découvrent une nouvelle vie et une ville où ils se sentent, disent-ils, enfin en sécurité… de notre correspondante à Barcelone, Elle a choisit un café fréquenté par les anglophones dans le centre de Barcelone… Originaire du Sud-Est des Etats-Unis, cette États-Unienne préfère rester anonyme et nous explique les raisons de son emménagement ici, fin 2024 avec son mari, Espagnol, et son fils : « Déjà le fait qu’on parle espagnol entre nous. Et puis, dans ma profession, je savais que ça allait être difficile de gérer certains changements avec les lois diversité et inclusion supprimées et ce qu’il se passe dans le domaine de la santé... Ça allait forcément rendre encore plus compliqué mon travail dans ce secteur de la santé. » Ancienne responsable des opérations dans une entreprise de santé, elle exerce désormais comme consultante et apprécie sa nouvelle vie barcelonaise. « On se sent reconnaissants d’être ici, d’être en sécurité… Mais, ce que je n’avais pas anticipé c’est ce deuil, de regarder d’ici les choses changer, les gens et les valeurs avec lesquels j’ai grandi disparaître…» Benjamin Gorman lui vient d’Oregon. Il a emménagé à quelques pas de la Placa Real avec sa femme et sa fille, il y a tout juste un an, après avoir reçu des menaces de mort pour son activisme politique. « C’est dur d’être loin, j’aimerais être dans la rue, là-bas, avec les gens qui manifestent ». D’ici, il a écrit un livre de rupture avec son pays natal, expliquant les raisons de sa fuite. « J’étais prêt à m’engager et à rester dans ce type de lutte politique quand j’estimais que c’était viable. Mais je me suis rendu compte que les gens de centre gauche ne prenaient pas la menace suffisamment au sérieux, et qu'on allait se retrouver très, très isolés ». Mais en raison de problèmes familiaux, le couple doit rentrer au pays dans les prochaines semaines… Une situation qui angoisse sa femme, Chrys. « Je pense que les dégâts causés par l’administration Trump et le mouvement MAGA aux États-Unis sont tels que pour que je me sente de nouveau en sécurité il faudra plus d’une génération », confie-telle. Benjamin espère que l’Europe développera des visas spécifiques pour ce qu’il appelle les nouveaux « réfugiés politiques » américains…

Syrie: les civils tentent de quitter Deir Hafer avant une offensive des forces gouvernementales
2026-1-15
En Syrie, après la reprise des deux quartiers kurdes d’Alep la semaine dernière, les forces gouvernementales préparent un nouvel assaut contre les territoires administrés par les Forces démocratiques syriennes. Les chances d’une issue diplomatique sont minces après l’échec des négociations qui prévoyaient l’intégration de leurs institutions à l’État centralisé. Mardi 13 janvier, la province de Deir Hafer, porte d'entrée vers le nord-est syrien, qu'ils contrôlent, a été déclarée « zone militaire fermée ». Des combats sporadiques ont commencé. Les civils, eux, tentent de fuir la zone avant qu'un véritable assaut ne soit lancé. Reportage de notre correspondante en Syrie, Manon Chapelain. Vacillantes, épuisées, des centaines de familles traversent un pont à moitié brisé. Il faut faire attention. Il faut faire vite, surtout. La province de Deir Hafer a été déclarée un peu plus tôt zone militaire. Une offensive des forces gouvernementales pour la récupérer aux mains des Forces démocratiques syriennes se prépare. Ici, une vieille dame. Elle se fait porter par deux hommes, serre contre sa poitrine son petit sac. Là, des enfants. Ils pleurent, cherchent leurs parents… « Mon mari est encore bloqué de l’autre côté », répète cette femme. Elle porte lové contre son sein, son bébé. Il a cinq mois à peine, une bouche en cœur, ses yeux clos. « Il n’a pas l’âge de vivre tout ça, dit-elle, c’est beaucoup trop tôt …» Une femme :« On a fuit les frappes, il y avait des frappes tout autour de nous. Un obus de mortier est même tombé sur ma maison. Il y a deux jours ». Ahmad est venu du village voisin pour aider la foule à évacuer sous la pression des snipers kurdes, positionnés de l’autre côté du canal. Ahmad : « Je suis arrivé ce matin pour aider les déplacés et les transporter en lieu sûr. Il y a des milliers de personnes qui sont passés, et ça continue ! Les Forces démocratiques syriennes ont fermé les routes habituelles. Les familles sont obligées de passer par ce pont détruit ». À lire aussiSyrie: l'armée demande aux forces kurdes de se retirer d'une zone située à l'est d'Alep Des routes fermées, cela, tous les habitants rencontrés nous l’ont rapporté. Les Forces démocratiques syriennes sont accusées de ne pas les laisser sortir afin d’empêcher tout assaut de l’armée. Un peu plus loin, justement, sur la route qui relie Alep à Deir Hafer, un couloir humanitaire a officiellement été ouvert. Aucun convoi de civils ne passera de la journée. Des familles inquiètes attendent, reçoivent des messages vocaux désespérés… Message vocal : « Salut mon oncle, comment vas-tu ? Désolé de t’embêter. Mais sais-tu si des procédures sont en cours pour ouvrir d’autres routes ? Nous ne pouvons pas passer ». L’oncle : « J’attends ma famille ici. Ils sont tous à l'intérieur de Deir Hafer, dans les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes. On m’a dit qu’ils empêchaient quiconque de sortir. Qu’ils menaçaient avec des armes ». À l’entrée de la zone tampon, proche des positions, les quelques habitants qui vivent là assurent entendre depuis quelques jours le sifflement des drones kurdes. On en a marre de cette guerre qui dure depuis 14 ans Premier homme : « Ils ont frappé dans le village d’à côté. On a peur d’être frappé par un missile. Il y a une semaine, c’est tombé juste à côté de la maison. On a peur, on ne veut pas être tués ! » Deuxième homme: « Ça fait 14 ans qu'on vit la guerre. On en a marre. » Après le succès militaire de l’armée dans les deux quartiers kurdes d’Alep. Après l’échec des négociations qui prévoyaient l’intégration de leurs institutions dans l'État centralisé, bons connaisseurs du dossier, sources diplomatiques et politiques affirment que les discussions sont au point mort. Afin de récupérer le Nord-est, les nouvelles autorités semblent avoir opté pour la solution armée.

Ukraine: à Mykolaiv, la viticulture résiste à la guerre
2026-1-15
Dans le sud de l'Ukraine, la viticulture résiste. L'activité aurait pu s'effondrer dès 2014, lorsque l’annexion de la Crimée a fait disparaître plus de la moitié de la production nationale. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : un réflexe patriotique a encouragé les Ukrainiens à boire local, faisant même émerger de nouveaux domaines. Et malgré l’invasion russe généralisée, la dynamique ne s’est pas brisée. Cerise Sudry-Ledu nous emmène dans le vignoble de Beykush, près de Mykolaïv, dans le sud du pays, qui continue à produire alors que les vignes sont situées à une dizaine de kilomètres des positions russes. De notre correspondante à Mykolaïv, C'est sous escorte militaire et après avoir traversé plusieurs check-points qu'on atteint la propriété. Beykush s'étend sur plusieurs hectares, tout près de la mer Noire, et l'équipe nous accueille du côté production. Il est impossible de visiter les vignes aujourd'hui pour des questions de sécurité car, à une dizaine de kilomètres sur l'autre rive, les Russes lancent des attaques régulières. Pourtant, après le 24 février 2022, alors que Mykolaïv, la ville voisine, est en proie à d'intenses combats, la production ne s'arrête que pendant un mois. La cheffe vigneronne se souvient : « Au début de la guerre, le travail était la seule chose qui permettait de garder le moral. Il offrait de quoi se concentrer au lieu de penser au danger permanent. » L'or pour un vin orange du domaine Beykush Presque chaque soir et parfois en pleine journée, des drones russes survolent la zone, s'écrasant quelques kilomètres plus loin ou filant vers Odessa. Ils ne sont plus que quatre à assurer la production. Olha habite sur place, les autres salariés sont des voisins, tandis que les vendanges sont menées tambour battant avec l'aide des habitants. « Nous sommes en contact permanent avec l'armée. Pour la sécurité, nous leur faisons des dons. Certains QR codes sur nos bouteilles permettent par exemple de soutenir la rééducation des soldats », explique-t-elle. Beykush produit près de 19 000 bouteilles par an et la marque engrange de nombreuses médailles à l'international. « Voici par exemple une médaille obtenue cette année au concours le plus prestigieux de Londres. Un de nos vins dans la catégorie des vins orange à remporter l'or. Ils se vendent tellement bien que certains sont déjà épuisés », raconte fièrement la vigneronne. « Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv » À Mykolaïv, Vino Mania, la boutique de Marina, est l'une des seules de la ville. Pour la vendeuse, si, en 2022, la guerre a dynamisé des importateurs étrangers soucieux d'aider l'Ukraine, ce n'est plus le cas. Et les vignerons locaux entendent bien faire valoir leur savoir-faire. Elle désigne une étagère à l'entrée. « Ça, c'est seulement la section de Mykolaïv. Là-bas, il y a une étagère avec beaucoup d'autres vins ukrainiens. » Et c'est peu dire qu'ils ont du succès. Au fond du magasin, une salle a été aménagée pour des dégustations. Et un architecte de Mykolaïv a justement convié des collègues étrangers à venir déguster des vins du coin. « Vous, vous venez de France. Vous avez donc votre identité, votre personnalité. Pour notre vin, c'est la même chose. L’identité, c'est notre point fort. » Et son conseil est toujours le même. « Un Kara Kermen du domaine Beykush. Ce vin, c'est comme le sang de la région de Mykolaïv », vante-t-il fièrement. À l'extérieur, une alerte retentit. Mais ici, le petit groupe trinque comme pour dire : « Avec ce vin, on tient bon ! » À lire aussiBeykush, le vin ukrainien primé au concours Decanter à Londres