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  • Le grand invité Afrique

    Bénin: «Le Conseil économique et social n'est ni une instance de la mouvance ni de l'opposition»

    2026-11-06
    À quoi sert le Conseil économique et social dans un pays comme le Bénin ? Concrètement, que peut-il faire contre la vie chère ? Et quelle est sa marge de manœuvre face au gouvernement ? Conrad Gbaguidi, qui est aujourd’hui médiateur de la République du Bénin, raconte son expérience à la tête du Conseil économique et social, basé à Cotonou. Il témoigne dans le livre intitulé La troisième voix paru chez L’Harmattan. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Que répondez-vous à ceux qui disent que le Conseil économique et social, en Afrique comme en France, c'est une assemblée inutile qui sert de garage doré aux hommes politiques en pré-retraite.
    Conrad Gbaguidi : (sourire) Ça fait beaucoup ! Le Conseil économique et social peut effectivement paraître comme étant une institution qui ne fonctionne pas suffisamment bien. Mais au Bénin, nous avons eu des réformes qui ont démontré que c'est une institution qui est totalement utile et qui a pris la mesure de l'intérêt de dialoguer avec les populations. On peut faire des recommandations au gouvernement qui soient entendues. Et donc du coup, on est davantage sur quelque chose qui est visible des populations.
    Et quand vous étiez à la tête du Conseil économique et social l'année dernière, vous avez fait du pouvoir d'achat l'une de vos priorités. Mais comment réduire le coût de la vie à l'heure où le prix du pétrole est en train de flamber ?
    C'est très important. Et ça, on le sait parce que, quand on voit que nous sommes un pays où il y a une forte croissance, plus de 8% l'année dernière, c'est encore ce qu'on espère cette année. Et que nous sommes encore en train d'entendre auprès de nos populations qu'il y a un problème de coût de la vie. On se dit comment s'assurer que la richesse produite puisse ruisseler dans les ménages ? Et de cela est né le panier citoyen. C'est-à-dire quelles sont les denrées qui sont nécessaires à la vie d'une famille et qu'il est nécessaire de suivre en termes de variation de prix, pour être sûr que, si nous ne tenons pas l'inflation de manière globale, qui porte sur des centaines de produits, voire des milliers, nous pourrions éventuellement tenir une cinquantaine de produits dont le prix peut être surveillé et impacte également les modes de consommation. L'idée est de promouvoir les productions nationales, le travail de l'artisan, pour que les producteurs qui achètent les produits des artisans et les artisans qui achètent les produits des producteurs puissent, en fait, dans leur comportement, s'autoalimenter pour réguler leur propre situation.
    Depuis 25 ans, j'entends dire qu'à cause des écarts de revenus entre l'Europe et l'Afrique, il y a plus de médecins béninois en France qu'au Bénin. Alors d'abord, est-ce que vous confirmez ?
    Moi, je l'ai su, je dois l'avouer, quand l'ancien président de la République française l'évoquait, Monsieur Sarkozy. Et depuis, l'ensemble des médecins me confirme que c'est une réalité. Oui, c'est une réalité. Mais ce que fait aujourd'hui le Bénin pour me fier aux résultats des deux derniers mandats de l'ancien président Patrice Talon et de ce qui se passe aujourd'hui ? Il me semble que nous avons une forte appétence désormais de la diaspora à revenir par ne serait-ce que l'envie de s'affirmer comme étant béninois. Je crois qu'il y a quelque chose qui est assez fort qui a démarré. Moi, je connais des entrepreneurs qui viennent d'arriver au Bénin, tant dans le domaine des infrastructures, dans le domaine de la construction et qui commencent à dire qu'ils font leurs affaires.
    Conrad Gbaguidi, au Bénin, il n'y a pas d'opposition au Parlement. L'Assemblée nationale est monocolore. Alors, vous qui êtes attaché au débat et à la controverse, notamment au Conseil économique et social, est-ce que cette situation ne vous gêne pas ?
    Alors le constat, il est juste que le fait qu'il n'y ait pas de parti politique d'opposition à l'Assemblée nationale soit un fait, mais au Conseil économique et social, nous sommes davantage dans un rôle qui est de pouvoir permettre aux populations de s'exprimer et de pouvoir être entendus par les différentes instances.
    Donc, c'est une situation politique que vous regrettez…
    Mais c'est une situation politique qui, a priori, doit continuer dans son parcours. Parce que, vous savez, la démocratie n'est pas un processus abouti, ce n'est pas un État fini. La démocratie est un processus, le pluralisme encore plus. Et chaque pays progresse tous les jours vers la démocratie.
    Alors vous dites que le Conseil économique et social est une instance de débat. Est-ce que ce n'est pas aussi un lieu de neutralité politique ?
    Au Conseil économique et social, je le dis dans mon livre La troisième voix, il est important de pouvoir à tout moment travailler sur la capacité à donner de la confiance aux populations pour qu'elles puissent nous parler. Donc, le Conseil économique et social n'est ni une instance de la mouvance, ni une instance de l'opposition. C'est une instance consultative dans laquelle nous devons avoir l'impérieuse attitude de respecter une forme de neutralité en matière contentieuse lorsqu'on est saisi. J'ai même parlé dans mon livre du « tiers de confiance », mais également en termes de posture, dans la manière dont nous traitons les recommandations. On ne traite pas les recommandations pour faire plaisir à l'exécutif. Donc, la neutralité est vraiment essentielle lorsqu'on est au Conseil économique et social.
    Au Bénin, il y a deux célèbres prisonniers. Ce sont une femme, Reckya Madougou, et un homme, Joël Aïvo, qui ont été arrêtés il y a plus de cinq ans maintenant. C'était en pleine campagne de la présidentielle de 2021. Que peut faire le médiateur de la République que vous êtes devenu il y a quelques mois ?
    Je pense qu'il y a beaucoup de prisonniers au Bénin aussi qui peuvent être cités. Donc il n'y a pas que les deux. Donc, je ne voudrais pas qu'on n'évoque que deux cas. J'ai des responsabilités qui concernent tous les Béninois. Néanmoins, le médiateur, tout citoyen a le droit de le saisir et le médiateur a le devoir d'étudier sa demande et de lui donner les réponses appropriées, ou en tout cas d'orienter sa demande vers le canal approprié.
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    Midterms: «Il est peu probable que les grandes lignes de la politique américaine en Afrique changent»

    2026-11-04
    Jason Stearns, chercheur américain, directeur de recherches à l'institut Ebuteli à Addis-Abeba, est l'invité de RFI ce 4 novembre 2026. Après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux États-Unis, il évalue les conséquences de ce changement politique sur la politique africaine de Washington.
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    Enlèvement de Mountaga Tall au Mali: le silence «n’efface ni les compétences de la justice, ni les obligations de l’État»

    2026-11-03
    Au Mali, cela fait six mois, ce mardi, que l’avocat et ancien ministre Mountaga Tall, engagé pour la défense de la démocratie, a été enlevé chez lui, de nuit, par des hommes encagoulés de la Sécurité d’État. C’était dans la nuit du 2 au 3 mai. Quelques jours après lui, les services maliens ont enlevé son fils, également détenu depuis dans un lieu inconnu en dehors de toute procédure légale. Malgré les démarches entreprises par les avocats de la famille, les autorités maliennes de transition demeurent silencieuses. Mamadou Ismaïla Konaté est avocat et ancien ministre malien de la Justice. Lui-même défenseur de la démocratie au Mali, il connaît bien Mountaga Tall, s’inquiète de son sort et dénonce le comportement des autorités politiques et judiciaires du régime malien de transition. Invité Afrique de RFI, Mamadou Ismaïla Konaté répond aux questions de David Baché.
     
    RFI : Six mois de détention, dans un lieu et dans des conditions inconnus, sans que personne n’ait pu lui rendre visite, ni famille, ni avocat, ni médecin… Faut-il s’inquiéter pour Mountaga Tall ?
    Mamadou Ismaïla Konaté : D'abord, en tout premier, je voudrais vous remercier de continuer à parler de Mountaga Tall. Il faut que sa situation reste dans le débat public. Sa famille a droit à des réponses. Je m'inquiète et, comme moi, des milliers de personnes s'inquiètent. Nous demandons depuis très longtemps une preuve de vie vérifiable, un contact avec ses avocats et un examen médical indépendant. La famille doit savoir où il est et les soins nécessaires doivent lui être garantis. Une privation de liberté doit avoir un fondement légal. Lorsque les agents de l'État, ou des personnes agissant avec son autorisation ou son acquiescement, privent quelqu'un de liberté puis refusent de reconnaître cette privation ou dissimulent son sort, la question de la disparition forcée se pose. Il faut immédiatement localiser Mountaga Tall et établir les responsabilités. Le silence ne peut pas tenir lieu de réponse dans son cas. 
    Pourquoi le régime de transition s’en prend-il à Mountaga Tall ? Qu’est-ce qui pourrait lui être reproché ou que représente-t-il ?
    En premier, c'est un avocat et pas des moindres : le troisième qui est inscrit au tableau de l'ordre des avocats. En second, Mountaga Tall, toute sa vie durant, a milité, a été un acteur politique essentiel pour le 26 mars (1991, date du renversement de la dictature militaire du général Moussa Traoré, Ndlr) et l'avènement de la démocratie, l'ouverture démocratique et le libéralisme. Et Mountaga Tall, en tant que ministre, a eu une implication assez forte dans la vie politique du Mali. Avant, pendant et après son ministère, (jusqu’à, Ndlr) aujourd'hui. Tout le monde sait les opinions que Mountaga Tall a dû exprimer durant ce régime de transition militaire. Il s'est opposé justement au caractère précaire, incertain et dangereux de cette transition qui est sans fin. 
    Quelques jours après Mountaga Tall, la Sécurité d’État a enlevé son propre fils, en lui proposant un rendez-vous pour donner des médicaments à son père. C’était un piège, Cheick Mamadou Tall n’est jamais revenu. Pourquoi les services maliens retiennent-ils également le fils de Mountaga Tall ?
    Le fils, personne ne lui connaît un rattachement politique et il n'a pas non plus exprimé d'opinion contraire à ce qui se passe au Mali. Simplement parce qu'il est le fils, c'est un moyen pour l’anéantir. C'est là l'expression, véritablement, de l'indignité de ce qui se passe en République du Mali aujourd'hui.
    Cela fait six mois de détention au secret. Les avocats de la famille de Mountaga Tall ont saisi la justice malienne et le comité des disparitions forcées des Nations unies, mais les autorités maliennes de transition refusent toujours de communiquer quoi que ce soit, elles restent mutiques. Dans quel but, selon vous ?
    La caractéristique essentielle des États autoritaires, des régimes militaires comme ceux que nous connaissons au Mali et ailleurs aujourd'hui, c'est de vivre en vase clos et de narguer tout le monde en face. D'abord, un : tout ce qui peut être représentation des Nations unies au plus haut sommet. Et deuxièmement, tout ce qui peut éventuellement représenter le droit et les cadres juridiques. C'est un silence qui empêche les familles de comprendre et rend la défense beaucoup plus difficile. Mais il n'efface ni la compétence de la justice, ni les obligations de l'État. Le procureur de la République, alerté, n'a pas cru devoir donner une suite. Le procureur général à la cour d'appel de Bamako encore moins. Et ne parlons pas du procureur général. Tous pensent peut-être que ce qui arrive à Mountaga Tall est tellement normal qu'il faut garder le silence. Ils oublient simplement que la vie de Mountaga est en danger, mais toutes les autres vies sont en danger, y compris celles des autorités qui représentent la justice aujourd'hui.
    Justement, quatre autres militants pro-démocratie avaient également disparu depuis mai dernier : Youssouf Daba Diawara, Aboubacar Soumaré, Moussa « Abba » Djiré et Ibrahima Tamega ont été déposés le 20 octobre par la Sécurité d’État au pôle judiciaire anticybercriminalité. Ils sont désormais officiellement poursuivis pour, notamment, « atteinte au crédit de l’État ». On sait désormais où ils sont emprisonnés, ils auront droit à un procès… Est-ce que cela vous rassure ?
    Ça doit rassurer sans doute les familles de ces personnes concernées. Mais en réalité, je vais vous rappeler simplement la caractéristique essentielle de l'état de non-droit d'un régime militaire, y compris en cours de transition sans limite dans le temps : il s'intéresse au droit uniquement pour violer le droit. Quand des militants ont été arrêtés par un service de l'État qui n'est pas un service judiciaire, qu'ils ont été enlevés dans les conditions que l'on sait, qu'ils ont été gardés dans des maisons qui ne sont pas des maisons de justice, qu'ils ont été cuisinés et souvent torturés - parce que des témoignages indiquent cela - et qu'ils soient représentés encore aux autorités judiciaires qui récupèrent ces proies judiciaires pour en faire des personnes poursuivies, j'appelle cela du recyclage judiciaire, du blanchiment de procédure. C'est une violation de la loi. Il faut simplement que les personnes qui s'adonnent à cette violation de la loi comprennent et entendent que leurs visages sont connus, que leurs noms sont connus, que leurs fonctions sont connues. Ils agissent au nom d'un État qui lui-même n'est pas dans le cadre de la loi. C'est à dénoncer avec la dernière vigueur.
    Alors que doit-on espérer pour Mountaga Tall et son fils ? Qu’ils soient présentés à la Justice et qu’ils soient jugés - on ne sait pas pour quels faits, du reste ? Qu’ils soient relâchés, tout simplement ?  
    Relâchés immédiatement, parce qu'ils ne sont poursuivis pour rien et ils ne sont détenus qu’illégalement, du fait d'un commando qui a agi masqué et cagoulé.
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    Crimes contre les journalistes: «La situation s'aggrave surtout pour les journalistes en zone de combat»

    2026-11-02
    Voilà treize ans, jour pour jour, que les deux reporters de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés par des jihadistes à Kidal, au nord du Mali. À la suite de ce double meurtre, l’Assemblée générale de l’ONU a voté une résolution qui proclame le 2 novembre « Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes ». Face à la violence, quelle est la situation des journalistes aujourd’hui ? Est-ce qu’elle s’améliore ou est-ce qu’elle s’aggrave ? Stéphane Dujarric est le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. En ligne de New York, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Est-ce que l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon a été un tournant pour l'ONU ?
    Stéphane Dujarric : Tout à fait. C'est à la suite de cet assassinat immonde que la France a poussé l'Assemblée générale des Nations unies à créer cette journée contre la violence qui est menée envers les journalistes à travers le monde. Donc, ça a été effectivement un moment très fort pour le combat que nous menons tous.
    Et depuis treize ans, est-ce que la situation s'aggrave ou s'améliore pour les journalistes ?
    Elle s'aggrave et je crois que vous, en tant que journaliste dans une grosse rédaction, vous le savez mieux que tous. La situation s'aggrave surtout pour les journalistes en zone de combat, et il y en a de plus en plus de zones de combat, malheureusement. Alors nous avons vu une certaine baisse dans les assassinats de journalistes dans des pays qui ne sont pas en conflit. Mais depuis 2006, il y a eu plus de 1 600 journalistes qui ont été tués. Et ça, ce sont les chiffres de l'Unesco. Et il est probable que les chiffres réels soient beaucoup plus élevés.
    Ce qui veut dire un journaliste tué tous les quatre jours. Et apparemment, dans les pays en conflit, comme au Moyen-Orient, comme en Ukraine, il y a de plus en plus de journalistes tués ?
    Tout à fait. Et je veux dire, ce qui est terrible, c'est que les journalistes continuent de payer un prix exorbitant pour avoir dit la vérité et pour faire leur travail. Et leur travail, c'est de nous apporter des informations pour qu'on soit informé, pour qu'on sache ce qui se passe à travers le monde. Et rien ne doit entraver la capacité des journalistes à exercer leur métier. Parce que, comme je viens de dire, ce métier est fondamental pour nous tous, pour notre liberté, pour les droits de l'homme, pour le droit à l'information.
    Ce que dit le nouveau directeur général de l'Unesco, Khaled El-Enany, dans son rapport de cette semaine à l'occasion de ce 2 novembre, c'est qu'aujourd'hui les journalistes sont de plus en plus visés par des drones.
    Mais écoutez, c'est vrai. Et c'est un reflet aussi de l'augmentation de l'utilisation de drones dans tous les conflits, et maintenant, souvent des drones autonomes qui sont gérés par l'intelligence artificielle. Et donc il est tristement, je dirais, pas surprenant, qu'on voit beaucoup plus d'utilisation de drones dans l'assassinat de journalistes à travers le monde. Et c'est un danger qui n'est que croissant, malheureusement.
    Et vous pensez à quels théâtres de guerre ?
    On voit ça à Gaza, on voit ça au Soudan, on voit ça en Ukraine. Et comme vous le savez, des drones ne coûtent pas cher et sont faciles à utiliser.
    Autre fait préoccupant, Stéphane Dujarric, 86 % des assassins de journalistes courent toujours en toute impunité. Le taux d'impunité a baissé pendant quelques années et il vient d'augmenter à nouveau.
    Oui, il a baissé très peu les dernières années, mais il a effectivement beaucoup augmenté. Et donc ces chiffres ont augmenté aussi parce que le nombre de conflits armés a augmenté. Et il est clair que dans des zones de combat, quand un journaliste est assassiné, il est beaucoup plus facile à ceux qui sont responsables de ces morts d'échapper aux autorités et d'échapper à toute responsabilité.
    Est-ce qu'il y a des pays où vous avez remarqué ces dix ou quinze dernières années, un effort de la justice pour traquer les criminels de journalistes ?
    C'est souvent dans les pays qui ne sont pas en conflit, où les assassinats de journalistes sont liés plutôt à des milieux du crime, à des milieux mafieux, à la criminalité, qu'on a vu de plus grands efforts de la part des autorités à éliminer cette impunité.
    Dans le dossier de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, mes deux collègues de RFI, les commanditaires et les exécutants qui sont encore en vie n'ont jamais été arrêtés. Et le juge instructeur français est entravé dans son enquête par le secret défense au niveau de la France, mais aussi au niveau de l'ONU qui refuse de transmettre les pièces demandées par le magistrat français. Qu'est-ce que vous en pensez ?
    Écoutez, je n'ai pas vraiment de commentaire à faire sur une affaire qui est toujours sous enquête. Il est parfois un peu compliqué de recevoir des informations des Nations unies, mais dans de nombreux cas, les Nations unies coopèrent dans notre propre cadre juridique pour effectivement éliminer cette impunité.
    Quand elle était rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires entre 2016 et 2021, la Française Agnès Callamard, que vous connaissez bien, a essayé d'avoir accès aux rapports de l'ONU et de la Minusma sur le drame de Kidal. Mais comme elle le raconte dans son livre Une enquêtrice à l'ONU, paru l'an dernier chez Flammarion, elle s'est heurtée à un mur. Comment vous expliquez cela ?
    Écoutez, je n'ai pas les détails de sa demande, de quelle façon a été soumise sa demande, mais je sais que, comme je vous l'ai dit, que nous coopérons régulièrement avec les autorités juridiques dans le cadre d'enquêtes sur la mort de journalistes et dans d'autres cas aussi.
    Est-ce qu'il y aurait, au niveau de l'ONU, la consigne de ne jamais répondre aux commissions rogatoires internationales qui sont transmises par les justices nationales de l'un des pays membres de l'ONU, par exemple ?
    Pas du tout. C'est plutôt bien le contraire.
    Il n'y a pas de frilosité à votre connaissance de la part du Bureau des affaires juridiques de l'ONU ?
    Non, il n'y a pas de frilosité. Il y a un cadre juridique que nous sommes obligés d'honorer et qui est le même cadre pour toutes les demandes et tous les pays.
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    Sadibou Marong (RSF): deux mois de détention au secret pour Moussa Kaka au Niger

    2026-10-31
    C'était il y a tout juste deux mois au Niger. Le 31 août, notre confrère Moussa Kaka a quitté les locaux de son média à Niamey (la radio télévision Saraounia) pour regagner son domicile, mais il n'y est jamais arrivé. Après plusieurs semaines de silence, début octobre, le ministre nigérien de la Justice Alio Daouda a affirmé à Reporters sans frontières que Moussa Kaka, que vous avez entendu raconter l'actualité nigérienne pendant des années sur notre antenne, était détenu et est en vie. À ce jour, notre confrère n'a toujours pas pu voir sa famille ni son avocat. RSF demande des informations et appelle à sa libération immédiate. L'organisation estime que le Niger « piétine ses engagements internationaux ». Sadibou Marong est le directeur du bureau de RSF pour l'Afrique subsaharienne. En ligne de Dakar, il répond aux questions de Magali Lagrange.
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Om Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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